
Le cimetière marin de Gruissan
Le cimetière marin de Gruissan
Il y a quelques années à peine, j’ignorais totalement l’existence du cimetière marin de Gruissan.
Je ne connaissais que celui de la ville de Sète. Celui de Paul Valéry évoqué par Brassens dans sa fameuse “Supplique pour être enterré à la plage de Sète”. D’ailleurs, c’est la chanson de Brassens qui a attisé ma curiosité et conduit mes pas jusqu’au cimetière sétois. Bien avant le cimetière marin de Gruissan.

Comme j’étais à Sète, je suis allée rendre visite à l’ami Georges, dans un cimetière tout à fait ORdinaire. Car n’oublions pas le OR de ordinaire.
Tout ça pour vous dire que le cimetière marin de Gruissan doit son nom à celui de Sète. Et notamment au poème de Paul Valéry. Poème dont est extraite cette célèbre tirade qui a inspiré de nombreux artistes dont Miyazaki : Le vent se lève !… Il faut tenter de vivre

Jusqu’en 1936 (le poème fut publié en 1920), le cimetière marin de Gruissan s’appelait l’allée des naufragés. Le nom est sans équivoque, tout comme les 26 cénotaphes à la mémoire des matelots, commandants, capitaines au long cours, naufragés, disparus. Tous morts en mer.
Au cimetière marin de Gruissan, point de morts, point de corps, mais des tombes vides à la mémoire des disparus. Des cénotaphes, du grec κενός kenós qui veut dire “vide” et τάϕος táphos qui signifie “tombeau”.

À la mémoire des naufragés
Je n’aurais jamais fait de photos si des corps avaient été inhumés. Par contre, j’ai noté chaque nom, date et lieu, les voici. Car sans ces noms, il n’y aurait pas de balade, pas de photos, pas d’article … Les transcrire est pour moi la moindre des choses.
Honoré Peronelle 1860. François Albert 1928 à Safi. Louis Bonrepaux 1894 à Hong Kong. François Pech 1874 dans le Golfe du Lion. Eli Affre 1871 dans le Golfe du Lion. Baptiste Crespo 1925 à Colombo. Paul Noy 1900 à Marseille. Jean Pierre et Tiphis Ambert sur l’île Rizzoli. Joseph Pons et Joseph Werter 1857 sur l’île de Mahon. François Iché 1852 sur les côtes d’Angleterre. Pierre Rouquette 1902. Théodore Rouquette 1891. Léon Rival 1897. Jean-Pierre Rouquette 1866 sur l’île de Skýros. Jean-Baptiste Monier 1915 à Beauséjour. Louis et Hyacinthe Azibert 1875. François Gibert 1844 Port au Prince. Maurice Gaubert 1874. Gabriel Bonnot 1864 à Beyrouth. Léandre Labatut 1915. Auguste Gimié 1846. Marcelline et Jean-Baptiste Gasselin et Hippolyte Dieudonné 1862. Jules Mathieu 1867 à Spartivento.

Jolie balade depuis le cimetière marin
Car le cimetière marin est également le départ d’une agréable randonnée d’un peu moins de 3 heures.
Pour commencer, le joli chemin pierreux bordé de pins et de cyprès (sans oublier les cénotaphes) avec la chapelle Des Auzils à peine perceptible juchée sur les hauteurs de la falaise. La pierre calcaire est parfois un peu jaune, parfois rose, mais toujours claire, comme lumineuse.
D’ailleurs le soleil est au rendez-vous, le ciel est parfaitement bleu. C’est encore l’hiver. Les asperges sauvages sont encore rares, les iris nains toujours endormis et la tramontane assez violente.

La montée jusqu’à la chapelle est un peu raide, mais une petite halte est possible sur le banc du jardin de l’ermite. Oh, je n’ai pas pris de photos dudit jardin. Car désormais plus de potager ni de jardin médicinal cultivé par l’ermite, il n’y a plus d’ermite depuis 1888. Mais un petit espace en espalier avec son banc à l’ombre, bien agréable.
La dernière partie du cimetière marin nous offre une vue sur Gruissan et la mer. Désormais, nous sommes plus grands que les pins et les cyprès, le monde d’en-bas semble petit, loin.

Vous pouvez arrêter votre visite à la Chapelle les Auzils. Ou, continuer à arpenter ce paysage méditerranéen à la vue assez incroyable. Car la mer et la montagne se sont données rendez-vous ici. Enfin, presque, disons juste à côté, à portée de vue. Un panorama assez rare s’offre à nous, la Méditerranée, la ville de Gruissan et son salin, Narbonne plage et les Pyrénées enneigées.
Parfois, on a même l’impression que la savane a rejoint la mer. Enfin, ce n’est qu’une interprétation, une façon de voir les choses, un début d’histoire peut-être …

Mais ce qui est certain, c’est que le chemin du cimetière marin de Gruissan jusqu’à la chapelle des Auzils et plus loin encore si l’on est un peu marcheur est un très joli lieu assorti d’une belle balade sur les hauteurs de La Clape. Un p’tit coin de … où je reviens régulièrement.




